La fin du monde était hier J12

Jour 12

 

Ce que je m’aventurerai à appeler la soirée avait été longue. Très bien reçu par nos hôtes, nous avions tout d’abord découvert nos chambres. En réalité, elles étaient telles que je m’imaginai une chambre d’hôtel. Un grand lit double, des appliques à intensité réglable près du lit dons le verre soufflé formait une flammèche potelée. La lumière s’activait d’un claquement de main et s’éteignait de même, l’on pouvait aussi, à mon plus grand étonnement, changer la couleur de la chambre d’une tape sur le mur. Les quatre chambres visitées, toutes côte à côte, les clefs remise, la jeune Sandra nous avait menés au restaurant. Alors que nous nous attendions au plus simple des réfectoires, nous arrivâmes dans une magnifique salle comptant une vingtaine de tables.

La couleur des murs rappelait un sable très fin. Murs et plafond étaient délimités par des fausses poutres claires qui paraissaient jaune avec l’éclairage et sculptées d’une ondulation rappelant le mouvement d’une vague. Au plafond, trois lustres en cristal dont les pampilles, pendantes, offraient avec leur forme de losange un reflet pétillant de lumière. Sandra nous invita à prendre place. Les sièges possédaient une assise en cuir très moelleuse. Puis nous commandâmes vins et viandes, ce qui dérida Dave et offrit à chacun une parenthèse à ce quotidien si difficile. Avec la nôtre, deux autres tables étaient dressées. Surement les personnes présentes pour la même raison que nous. Après le repas nous partîmes dans nos chambres.

Quel confort cette chambre après l’affreuse caserne de Halles. Je me laissai séduire par une couleur azur pour l’ambiance de la pièce. Il y avait un miroir sur le mur face au lit, et une petite coiffeuse clair en dessous. Je ne les avais pas remarqués lors du coup d’œil succinct que nous avions jeté plus tôt. Est-ce moi ? Me demandai-je arrivant face au miroir. Mes traits m’étaient connus mais qu’était cette cicatrice courant sur mon front ? Et depuis quand avais-je des cheveux gris au-dessus des oreilles ? Je passais ma main sur mes joues tirant légèrement dessus comme pour atténuer ces rides autour de mes yeux. L’angoisse me gagna, ma respiration se saccada. Les mains sur la coiffeuse, je repris mon souffle. Quel âge pouvais-je bien avoir désormais ?

Alors que dans l’obscurité le sommeil allait et venait il me sembla entendre le cliquetis d’une serrure. Avais-je bien fermé la porte ? Oui. Sans nul doute, juste après être entré avant de m’amuser au choix de la couleur des murs. La porte était fermée. Un bruit plus fort, plus net, le pêne de la serrure était sorti de sa gâche et il s’agissait de ma porte. Je pus enfiler mes habits en vitesse et récupérer mes affaires sur la table de chevet avant que ne résonne le claquement de main qui fit s’allumer les appliques. Face à moi se tenait, toujours en smoking, Jim Ronn. Il me pointait avec un revolver. « Que faite vous ici ! grogna-t-il

-          Quoi… Ne pus-je repartir d’autre.

-          Vous êtes avec eux n’est-ce pas ?

-          Mais de quoi parlez-vous ? Je n’y comprenais absolument rien. »

Il s’approcha de moi continuant à me menacer de cette arme qu’il tenait dans sa main droite. Il me saisit au col et m’entraina vers la sortie de la pièce. « Allez ! Lâcha-t-il. Nous allons voir le boss. ». J’obtempérai.

Il me conduisit dans le couloir et me fit prendre une porte à droite qui desservait un escalier. Nous descendîmes d’un niveau pour passer une nouvelle porte. L’on commençait à percevoir le vrombissement des turbines hydrauliques et la propreté, le standing du niveau supérieur n’avait plus court ici. La couleur du béton brut, la poussière et l’odeur d’huile dominait. Je précédais celui qui me pointait de son arme, nous avancions dans un couloir gris faiblement éclairé par des tubes fluorescent au plafond. J’entendis un bruit sourd derrière moi immédiatement suivi d’un soupir. Je me retournai, David se tenait là, tenant Jim Ronn évanoui au sol. Il ramassa l’arme et me la tendis. « Part. » souffla-t-il.

J’avais le revolver dans ma main droite, je courais dans les couloirs en béton sans savoir où aller. Jusqu’alors les rares portes rencontrées ne s’ouvraient que sur de petites pièces sombres, aucun escalier.  J’eus choisi de partir une fois à droite puis à gauche lorsqu’il m’eut fallu choisir une direction. Je commençais à entendre des bruits de pas courant dans les couloirs. Pourvu que Dave aille bien. Une nouvelle fourche et je repris à gauche. Des pas arrivaient face à moi. Je pris la porte sur ma gauche, un bureau, au fond une fenêtre. J’avais refermé la porte derrière moi. Du bureau, il n’y avait pas d’issue. J’ouvris la fenêtre et y passai la tête, la nuit régnait, je ne distinguais rien en dessous. En regardant plus loin sur ma gauche, j’observai le reflet d’un projecteur de la route du barrage qui ondulait. « Ce doit être l’eau ? » Pensais-je. Les pas arrivèrent derrière la porte, puis des voix. Je ne voyais pas d’autre option, je montai sur le rebord de la fenêtre. L’on tourna la poignée de porte et celle-ci s’entrouvrit. Un homme passa la tête, alluma la lumière et me vit. «  Il est là ! » hurla-t-il. « Protégez-moi. » murmurai-je avant de prendre une grande inspiration. Regardant l’homme dans les yeux, je sautai dans la nuit.

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