La fin du monde était hier J13

Jour 13

 

Le ciel était clair, la lumière était vive. Autour de moi les murs blancs m’aveuglaient de leurs reflets. Je flottais dans les airs dans une position assise. Le bruit du va et viens des voitures passant sous moi me parvenait dans un son étouffé. Je pouvais me mouvoir dans l’espace, je montais, descendais, je passais maintenant au-dessus d’un trottoir noirci par la foule. Les gens d’un pas rapide et nerveux arpentais le pied des tours d’ivoire. Pas un n’adressait ni regard, ni sourire à son voisin, allant pour certain jusqu’à ce bousculer dans l’indifférence totale. Était-ce ma cité ?

Flottant au-delà des lignes électriques, des câbles du tramway, je me retrouvais face aux premières fenêtres d’un grand building blanc. Il était haut, très haut, levant la tête j’observais que sa façade rutilante était couverte de fenêtres comme autant d’écailles sur une carapace. Je montais, montais encore approchant le sommet de cette tour. En plusieurs réductions successives, la largeur du bâtiment évoluée. Après plusieurs minutes d’ascension, je pouvais observer les moulures grossières du sommet se finissant en paratonnerre. A l’horizon, alors que je venais de dépasser la pointe du bâtiment, s’offrait les maigres reliefs d’une plaine verdoyante et des collines au lointain. C’était magnifique. Mais le paysage était tout autre derrière moi. Me retournant, dégagé de tout obstacle s’étendait devant moi un ciel noir bercé de reflets mauves et pourpres. Sous le ciel obscur, une nuit absolue régnait, rien n’était distinguible au-delà de la nette ligne séparant le jour de la nuit. Le souffle me fut coupé l’espace d’un instant.

Au bas il y avait un long bâtiment desservi par un énorme parvis. Les marches comme le bâtiment étaient blanc. Je descendais toujours dans cette position assise et toujours en flottant au grès de ma volonté. Dominant le long bâtiment, je pouvais observer sa blanche toiture formée par les pointes des deux tours à ses extrémités et par son haut faîtage lui offrant beauté et grandeur. Du bâtiment, sortant sur le parvis, plusieurs vagues de personnes couraient, hurlantes.

J’étais encore à une cinquantaine de mètres de hauteur quand sortirent trois personnes, apparemment un homme, une femme et une fillette. L’homme embrassa la fille, câlina tendrement la femme et la vis partir avec l’enfant vers une voiture garer au bas des marches. J’arrivai à une vingtaine de mètres, l’allure de l’homme me paraissait familière. La berline noire dans laquelle la femme et la fille étaient montée commençait à avancer. Soudain à ma gauche, sur la façade d’une tour souffla une explosion dans un grondement tonitruant. Le grand bâtiment vacilla. Au loin d’autres impacts retentirent. Mon attention revint sur la voiture. D’un son étouffé, une colonne de flamme frôla mon oreille. Surpris, je ne compris pas immédiatement ce qu’il venait d’arriver. C’est à l’explosion de la berline noire que je sus que c’était une roquette.

« Il se réveille. » entendis-je. Je crois que j’ouvris les yeux mais la nuit était à nouveau omniprésente. J’étais trempé, sous moi tout était humide. Où ais-je atterri ? Pourquoi ne suis-je pas dans l’eau ? Il y avait des bruits de pas sourd autour de moi. Après quelques instants je distinguai le léger roulis de l’eau. Je devais être sur la berge. Poussant sur mes mains je relevais mon buste difficilement pour essayer de m’asseoir. « Vas doucement homme. Me dit-on.

-          Oui. »

Me voit-il ? Je me sentais faible et la tête me tournait légèrement. Je ramenais mes jambes pour m’asseoir effectivement. « Qui êtes-vous ? Demandais-je

-          Un ami. M’affirma la même voix. »

J’étais circonspect, peut-être ne me voulais t’il aucun mal, mais aux bruits des pas alentours il n’était assurément pas seul. « Vous êtes seul ? Lançais-je.

-          Me le demandez-vous ?… Ou l’affirmez-vous ?

-          Je demande une réponse. »

Il y eu un instant de silence. Les pas s’arrêtèrent. « Nous sommes deux en effet. Fis une autre voix plus fluette. » Mais dans le noir absolu pouvais-je en être sur ? La première voix semblait profonde et douce, l’homme parlait à mots comptés, doucement. Elle ajouta : « Nous pouvons vous mener à l’abri. Le voulez-vous ?

-          Avez-vous seulement des lampes ?

-          Des lampes… Ami, fis la seconde voix, des dizaines de personnes vous cherche ici, le long de la rive du lac. C’est dans la nuit qu’il nous faudra avancer.

-          Comment donc ?

-          Assez de question. Affirma doucement la première voix. Voulez-vous sortir d’ici seul ? Ou acceptez-vous notre soutien ? »

Il me fallait choisir entre l’impossible et le risque. Ai-je vraiment le choix ? Qui sont-ils pour progresser sans lumière dans les ténèbres de ce monde ? « Soit. Je vous suis. »

L’un des deux hommes me tenait la main, nous avancions sur une plaine chaotique. Buttant sur des rochers, nous progressions aisément malgré la nuit. Comment  font-ils ? Je n’imaginai pas du tout ce que nous pouvions traverser. Littéralement aveugle je me remettais entièrement à celui à qui je tenais la main et qui tenait lui-même la main du précédent. Le roulis de l’eau c’était éloigné alors que nous commencions à fendre l’obscurité. Je ne savais ni d’où nous étions parti, ni vers où nous allions. Le rythme de marche était calme mais ininterrompu. La perception du temps écoulé me devenait dans la nuit absolument floue. Je ne pus dire d’ailleurs combien de temps nous avions passés à marcher ni de quel région géographique nous avions foulé le sol.

Passé un moment, je compris que nous entrions dans un lieu couvert. L’air cessa d’être en mouvement, l’humidité et l’odeur de l’eau croupie nous entourèrent un peu plus à chaque pas. Ma main droite, libre, caressa une paroi granuleuse et glissante. Mouillée, plus précisément car en approchant les extrémités de ma main les unes contre les autres, je les senties ruisselantes.

Nous continuâmes à avancer dans ce tunnel, cette grotte. Mais j’avais déjà confondu une grotte avec un autre lieu. Aussi je n’ai pas cherché à imaginer ce que nous traversions. Il me parut descendre, puis monter, alors l’ambiance sembla s’assécher. La température augmenta légèrement, il me parut entendre une porte s’ouvrir. Une dizaine de pas puis s’ouvrit une nouvelle porte. Le climat était devenu très agréable, doux et sec. Nous avançâmes encore sur quelques pas et franchîmes une troisième porte. Nous nous arrêtâmes, l’on me lâcha la main. « C’est une chambre. Me dis la voix douce et calme. En face de vous se tiens un lit. Nous vous laissons ici, nous viendrons vous voir demain. Reposez-vous. »

Comme il me l’avait signalé, il y avait effectivement un lit face à moi et a vrai dire j’étais exténué. Je retirai mes vêtements trempés avant de m’allonger sur. Et puis finalement, qu’avais-je à faire dans une nuit complète et dans un lieu que je ne connaissais pas. Dormir, pour le mieux…

Commentaires:

2 Réponses à “La fin du monde était hier J13”

  1. rougepolar
    rougepolar écrit:

    Beau texte :)

    Dernière publication sur Rougepolar : Stabiliser sa thyroïde, difficile ?

  2. huono kazi
    huono kazi écrit:

    Merci. N’hésite pas à partager. Et tu peux aussi suivre par ma page facebook, Huono Kazi. Si toi aussi tu écris, fais moi partager que je te retourne le même intérêt.

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