La fin du monde était hier. J14

Jour 14

 

Mon sommeil avait été court, rendant l’attente de la visite particulièrement longue. Une nouvelle fois dans un lieu inconnu avec des personnes inconnues. Et qui pour me dire si elles étaient digne de confiance ? Personne… Je repensais à David et Leïla au barrage. Pourvu qu’ils soient saufs. Une question me travaillait, si effectivement les personnes qui m’avaient amenées ici ne me voulaient aucun mal, que faisaient-elles au barrage ? Et pourquoi se donner du mal pour moi, un inconnu ?

La porte finie par s’ouvrir. L’idée d’enfin sortir de cette pièce me ravit. « Vous êtes réveillé. » affirma une voix encore inconnue avec une pointe de surprise. Mais comment peut-il… ? J’entendis ses pas s’approcher puis le contact de sa main saisissant la mienne. « Levez-vous ! Suivez-moi ! » Sans prendre la peine de refermer la porte, nous avancions vers… Quelque part. Marchant plusieurs minutes durant, j’entendais autour de moi une activité naissante, des gens se déplaçaient, puis des voix survinrent. Bientôt des discussions résonnaient çà et là, sur des sujets des plus normaux : « Tu as passé une bonne nuit ? », « Le petit était malade cette nuit, je suis rincé. »… L’odeur de la viande grillée gentiment emplissait l’espace, puis un sourd bourdonnement continu se mit à résonner.

« Ces gens voient-ils dans la nuit ? » demandais-je sans recevoir de réponse. L’homme me serra un peu plus fortement la main. « Des marches, fit-il. Suivez le mur sur votre gauche ! ». En effet, un escalier à colimaçon montait en s’enroulant autour d’un pilier. En haut des marches l’homme me tira vers la gauche, nous avançâmes de quelques pas avant que silencieusement je fusse abandonné par le lâché de ma main. J’entendis une porte se fermer derrière moi. « Devant vous il y a une chaise. » C’était la calme et profonde voix du réveil sur la rive. Je tendis le bras en heurtant quelque chose de solide. Je le saisis de ma main, il s’agissait d’un dossier de chaise.  « Asseyez-vous ! »

L’assise était très inconfortable, un siège fait d’une ferraille quelconque. Suis-je là pour être interrogé ? « Avez-vous une idée de qui nous sommes ? Articula doucement la voix.

-          Non… Mais je vous avoue que je découvre beaucoup ces derniers jours. »

Manifestement, l’ironie était mon arme face à l’agacement. « Que cherchiez-vous au barrage ? Et pourquoi y être allé si directement ?

-          Si directement… ? Euh, et bien… A vrai dire j’étais avec des compagnons pour régler un problème de ravitaillement d’eau potable.

-          Savez-vous ce que nous nommons le gouvernement national et la firme ?

-          La firme… ça ne me dis rien. Le gouvernement national, ça me parle plus, oui. C’est le gouvernement qui dirige l’état et qui le protège.

-          Hmmm… Pas vraiment… Avez-vous perdu la mémoire ? »

Comment sait-il ? Que sait-il de moi ? « Oui ! ».

La voix avait cessé, et de là où elle me venait, j’entendais le murmure de plusieurs personnes. « Et qui êtes-vous? Messieurs ? Demandais-je sur un ton plus directif que je n’aurais souhaité.

-          C’est nous qui posons les questions. Affirma lentement la profonde voix. Votre tour viendra, mais pas maintenant. »

Dans le bruit renouvelé des murmures je repris mon attente. Des minutes s’écoulèrent avant que l’on m’adresse à nouveau une parole. «  Nous aimerions une chose de votre part.

-          Laquelle ?

-          Nous vous prions, avant de répondre, de n’offrir qu’une acceptation en guise de réponse.

-          Entendu !

-          Nous aimerions vous conduire plus au Nord. Et nous voudrions vous y faire rencontrer certaines personnes.

-          Mais pourquoi ?

-          Tttt… Qu’une acceptation en guise de réponse. Et pour montrer notre bonne volonté nous vous offrirons la vue.

-          Voilà deux semaines que je foule cette terre sans but. Je vous suivrais, puisque je n’ai rien d’autre à faire.

-          A la bonne heure… Mika ! »

Une main vint me saisir le poignet et tira sur celui-ci m’invitant à me lever. Debout, je fus entrainé dans une autre pièce, et assis sur une autre chaise. Plus confortable, elle m’offrait une position légèrement penchée en arrière et son repose tête légèrement incurvé, un maintien parfait des cervicales. Le bruit aigu d’une machine siffla près de moi. « Commençons par vous offrir la vue ! »

Une ligne de lumière verte trancha longitudinalement la noirceur des ténèbres lorsqu’ils approchèrent l’outil de mon oreille. Où étaient-ils déjà en train de besogner dedans. Sans que je ne puisse réagir, sur mes poignées, mes chevilles et mon coup c’étaient refermé de solides entraves métalliques. Les personnes autour de moi, par la suite, s’occupèrent  de mon oreille droite.

La lumière forma une ligne verticale, puis diagonale, descendant de droite à gauche, puis remontant. Les lignes apparaissaient à intervalle régulier les première secondes puis le rythme accéléra. Il y eu deux lignes, puis trois, et d’autres encore… Les lignes ondulaient formant dans leurs entremêlât  des formes abstraites complexes. La largeur des lignes rapetissa, où était-ce les lignes qui s’éloignaient… Les formes complexes s’assemblaient les unes aux autres. Stables l’espace d’un soupir, les formes réalisées par les ondulations finissaient inexorablement par être balayées par des vagues vertes avant que d’autres forme n’apparaissent. Bientôt les formes plates prirent du volume, décorés d’une multitude de dessins polygonaux se formaient sphères, cylindres, dômes, cubes… Un grésillement me martelait la tête, de plus en plus fort. Les volumes se mélangeaient avec leur graphismes géométriques, emplissant d’une pulsation verte l’étendu de ma perception visuelle, le tout dans un vacarme abrutissant. Puis les ondulations de lumières s’approchèrent les unes des autres améliorant la définition des dessins offrant d’abord la forme d’un grand cube, puis d’une sphère. La sphère se dégrada en une olive dégarnie de ces graphismes périphériques. Puis une silhouette… Une femme, passant la main dans ses cheveux. « Salut ! » crus-je l’entendre dire. Alors le blanc, puis à nouveau le noir.

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