La fin du monde était hier J15 P1

Jour 15

 

Je ne saurais pas dire depuis quand, mais pour la première fois depuis bien longtemps, ni l’obscurité, ni l’éclairage artificielle ne m’accueillir au réveil. Cette fois, ce fut un voile blanc. Couvert par la couverture, j’étais allongé sur le dos. Un bourdonnement incessant affectait mes oreilles. Mais il paraissait s’estomper avec le temps, le voile blanc devant mes yeux avec lui. Les sons, à l’extérieur de la chambre me parvenait avec des ondulations étranges, comme suivi d’une multitude d’échos rapprochés. « Bon sang ! Mais ouvre les yeux, feignant ! » Lança une voix féminine. Elle est dans la pièce ! Je relevais mon torse quand un flash vert remplaça le blanc devant mes yeux me forçant à les fermer.

Le voile blanc avait disparu, le bruit soufflant à mes oreilles également. Mais alors qu’avant seul ne noir était présent, désormais m’apparaissait des contrastes blancs et gris me permettant de distinguer les formes. Au pied du lit, dessiner par des traits blancs, se tenait une armoire à double battants. Je vois… Je descendis du lit, au sol je pouvais observer les délimitations des lames du plancher. J’étais arrivé devant l’armoire et tendant le bras pour l’ouvrir je percevais les détails de ma chair en noir et blanc. J’observais la délimitation de certaines veines et cellules épidermique grâce aux nuances de gris (enfin des ensembles de cellules plutôt.). Cette nouvelle perception était pour le moins, éblouissante. Dans l’armoire, il y avait des vêtements et du linge de lit. J’entrepris de me changer. Ma toute nouvelle vision du monde m’étourdis légèrement lorsque enfilant le T-shirt, j’avais vivement secoué ma tête. Tout ce que je pouvais distinguer n’était que les dessins de lignes blanches sur un fond noir. Mais j’avoue qu’aujourd’hui cette perception était, au combien, suffisante.

Dans le couloir, les murs noirs étaient fractionnés de lignes claires aux jointures des agglos. En haut de ceux-ci, les gaines électriques et les tuyaux de plomberies noirs eux aussi bénéficiait du même contraste. Un homme passa près de moi. Comme c’était étrange de voire une personne ainsi. D’un enchevêtrement de lignes blanches et noires ne m’apparaissait de la coiffure qu’un semblant de forme et de longueur dont le mouvement était à peine perceptible. La démarcation des yeux (dont ne m’était visible que la délimitation de l’iris et la pupille), du nez, de la bouche (finement ciselée de traits clairs et obscures au niveau labiale), étaient marqués par des traits épais. La pilosité, les rides et les mouvements faciaux restaient, par la perception de traits plus fin, tout à fait discernables.

Du large couloir que je traversais je voyais, à son extrémité, l’escalier que j’avais dû prendre la veille. De gauche et de droite, à des intervalles de cinq mètres à peu près, se dressaient les portes des cellules, chambres et autres pièces. J’étais à une dizaine de mètres de l’escalier quand j’entendis derrière moi : « Hey ! Toi ! » Je me retournai. « Oui, toi ! Ce n’est pas par-là que tu es attendu. Suis-moi ! » A la voix, je reconnu l’homme qui m’avait hier emmené hors de ma chambre. Il avait les cheveux courts et une pilosité hirsute. Il avait dû prendre chaud à ne pas me trouver où il l’espérait car, manquant la perception de profondeur, commençaient à perler des gouttes bidimensionnelles sur son front.

L’homme qui me précédait portait une chemise de la décoration de celle-ci je ne percevais que les lignes verticales des coutures qui ondulaient au rythme de la marche. Mes yeux commençaient à souffrir cette nouvelle capacité sensorielle de plus qu’un léger sifflement commençait à titiller mon ouïe. L’homme s’arrêta après avoir ouvert une porte et m’invita à entrer. Les lignes de la chemise me parurent courbes alors que j’entrais dans la pièce. Mais après un clignement tout redevint normal. Si voir en noir et blanc pouvait être considéré comme normal bien entendu. La salle ne contenait qu’une grande table entourée d’une douzaine de chaises. Au fond de la pièce, deux portes. « Asseyez-vous. » Entendis-je derrière moi. Je me retournai pour constater qu’au-dessus du couloir d’où j’étais entré étaient installés deux petites enceintes circulaires.

« Notre nation avant la guerre, avant la nuit, était la plus puissante, la plus vaste. Des mines de métaux précieux au Nord, de diamants au cœur. Des industries performantes et une reconnaissance internationale de nos ingénieurs dans tous les domaines. Notre puissance militaire était sans nulle autre pareille. Vous sembliez vouloir vous rappeler ? Faute de vous rappeler, je vais vous dire… Je vais vous conter où vous êtes et ce qui s’est passé. » C’était toujours cette même voix, lente et calme qui s’adressait à moi, mais cette fois j’aurais voulu avoir mon interlocuteur en face. J’aurais enfin voulu mettre un visage sur cette voix.

« Les attaques ont commencés au sud, puis à l’Est… Des attaques par les sols, infanteries, chars. Rien ne laissait imaginer que cela aller arriver. Néanmoins, l’ampleur des assauts n’était pas ingérable pour notre armée, nous ne nous sommes pas alarmé outre mesure. Les attaques n’étaient pas menées par des armées régulières, et les gouvernements du Sud et de l’Est manifestèrent rapidement leur distance avec ces dernières, offrants jusqu’à leur aide à notre nation. Tout cela aurait dû se finir en quelques mois, mais c’était sans compter sur d’autres troubles… Des soulèvements, dans certaines villes de provinces d’abord puis partout dans le pays. Notre nation ne savait plus comment réagir, elle arrivait à contenir la progression des mercenaires mais leurs moyens semblaient illimités. Les groupes révolutionnaires naissaient aux quatre coins du pays, et dans les pays voisins forçant le Sud et l’Est à délaisser la protection de nos frontières pour les leurs. Le pays était ravagé et les conflits finirent par atteindre la capitale. Partie des dirigeants mourut laissant un gouvernement restreint. Cela faisait près ou plus de deux ans que les conflits avaient commencés quand retenti l’explosion. Puis la nuit. »

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