La fin du monde était hier J15 P2

Jour 15

 

Je ne sais au combien cette histoire pouvait être vraie, je ne me rappelais toujours d’aucun  détail. J’en arrivais à me demander ce que je faisais là à écouter tant de fables. Le constat de la nuit interminable sûrement, et ma toute nouvelle vision. Je suis un idiot ! « L’on m’a déjà raconté l’histoire. » Dis-je faignant un ton blasé. Alors que Dave et Rob n’avaient pas été aussi généreux en détails. « Dites-moi plutôt qui vous êtes ? » il y eu un léger soupir avant un silence.

« Vous êtes foutrement impatient… Souffla la voix agacée. Bien. J’allais y venir mais qu’importe l’ordre finalement. » Il y eu un silence. « Bien avant le conflit a été créé une unité… Sélectionnant des sujets dont les compétences innées trouvaient des utilités dans différents domaines, cette unité fournissait en homme les services secrets, l’armée où différents ordres gouvernementaux. L’unité Beta arch découvrait, améliorait et utilisait les capacités de ses membres, toutes hors du commun. Mais ça ne suffisait pas, qu’importe la faculté de rester dix fois plus longtemps sous l’eau que la moyenne, de courir deux fois plus vite ou de calculer plus vite que n’importe quelle machine, il leur fallait plus. L’unité continua à fournir des membres d’exceptions, mais elle commença aussi à analyser les gènes de ses derniers. Pourquoi avaient-ils de telles capacités ? Se demandaient les dirigeants. Ne pouvons-nous les reproduire ? » Mais de quoi parle t’il lui ? Le silence fut bref. J’entendis la voix reprendre sa respiration…

« Foutu eugénisme à la manque… Je maudis celui qui a inventé ce mot, et plus encore ce qui en ont fait une réalité. » Pour la première fois, je percevais de la vigueur dans cette voix. Il ne suffisait que d’un brin de colère en fait. La salle était toujours vide, et bien morne était l’ambiance dans celle-ci. Mais j’étais curieux d’entendre la fin de ce qu’avait à me dire cette voix. « Caché aux yeux de la population, d’une partie du gouvernement, ce qu’ils ont fini par appeler arch lab manipulait humain, gène et génome. Ils créèrent des dizaines d’individus avec des capacités particulières mais, issu d’expériences, ils eurent une allure monstrueuse. L’unité Beta arch et l’arch lab furent à l’origine de nombre d’avancées technologiques dans les quinze dernières années du gouvernement. Les capacités de tous les membres furent mises à contribution pendant le conflit puis un jour l’unité fut dissoute, oubliée. Voilà ce que nous sommes : les laissés pour compte de l’unité Beta arch. »

Il y eu un claquement puis les deux portes qui, face à moi, étaient aux deux extrémités du même mur s’ouvrirent. La table au centre de la pièce, où j’étais assis, était entourée d’une dizaine de chaise. Rectangulaire, j’avais pris sans y prêter une attention particulière, la place d’une extrémité. Des personnes commencèrent à entrer. Enfin ! L’un avait des cheveux longs et des yeux fins. Un autre était chauve, et la longueur de son crane était si impressionnante que l’olive qu’il formait me rappela l’idée reçu de l’apparence d’un extra-terrestre. Les deux suivant devaient être des jumeaux car hormis la coupe de cheveux légèrement différentes, le rebondi de leurs pommettes et leurs fines lèvres offraient aux deux hommes une face tout à fait similaire. Je ne fis pas attention aux suivants, un détail m’interpella. C’est au passage des jumeaux que je m’en rendis compte, tous avaient sur les oreilles une sorte de boitier carré. Qu’est-ce donc ? Ils m’avaient approché un outil près de l’oreille, c’était sûr, mais depuis mon réveil, obnubilé par la vue, à aucun moment je ne m’étais penché sur ce détail : que m’avaient-ils fait ? J’approchais doucement ma main de mon oreille jusqu’à ce que je rencontre une surface froide. Je m’y attendais, mais quelque part j’aurais voulu que mon corps ne soit altéré. Une légère angoisse m’oppressa, mais ce n’était pas le moment, pas le lieu. Merde, mes oreilles…

Quatre autres personnes étaient entrées lorsque la porte de gauche se ferma. Autour de la table trois chaises étaient encore inoccupées dont celle à mon opposée de la table. Une nouvelle personne se présenta, pantalon et pull, une tenue des plus simples si n’avait pas été adjoint en accessoire ce vilain masque. Bizarrement, il me paraissait entièrement blanc, alors que jusqu’alors seuls les contours m’apparaissaient clairs. Une tête de mort, voilà à quoi il me faisait penser. Deux grands trous noirs ovoïdes pour les yeux et un trou en forme de poire en lieu et place du nez, le bas du masque finissait en un menton rectangulaire où, comme pour un clavier, s’alternaient cinq bandes clairs et quatre foncés. L’homme s’assit face à moi.

« Je ne vois ici rien de monstrueux. » dis-je insolemment encore un peu énervé d’avoir constaté la greffe d’un cube métallique sur chaque oreille. « Parce qu’il n’y a rien de monstrueux que nous vous laissions voir. » La voix lente et réfléchie, et c’était l’homme avec son casque qui l’avait émise. Il tourna très légèrement la tête sur sa droite et désigna de la main un homme. Je ne l’avais pas vu entrer celui-là, de longs cheveux dont je pouvais, par le retomber et le port délicat, imaginer qu’ils devaient être fins, comme le nez et les lèvres de l’homme. Au-dessus de ses deux grands yeux ronds, il portait ce qui devait être un bandana noué à l’arrière du crâne. « Harold, montre-lui. »

L’homme passa son bras par le col de sa chemisette et sembla activer, où tout du moins toucher quelque chose. Son visage à mes yeux se flouta une fois, puis une seconde. Les rides de son visage se marquèrent, sa bouche commença à s’affaisser sur la gauche, sous ses yeux d’immense cernes se creusèrent. Harold avait pris vingt ans en quelques secondes, sa bouche pendouillait maintenant gravement et son nez comme la tête d’une tortue dans sa carapace disparaissait en entrant dans son crane. Un œil manquant, le tiers de la chevelure disparue, les traits d’un vieillard, la mâchoire déboitée et la bouche pendante, de regarder Harold était devenu supplice. «  Est-ce assez monstrueux ? » me demanda la voix qui manifestement avait dû lire dans ma réaction le dégout que m’inspirait ce que j’avais alors devant les yeux. « Oui ! Assez… » Dis-je peinant à revenir sur mon interlocuteur tant mon regard était happer par l’immonde visage.

J’eu du mal à analyser ce que je voyais, il ne portait plus son masque quand je lui offris de nouveau mon attention. Il n’avait pas de cheveux, pas d’oreille non plus. Il avait un long et fin menton en galoche. Un visage pas si horrible, sans ce détail… Il y avait bien une forme de relief là où aurait dû il y avoir des orbites, manifestement la chair avait remplacé les yeux. Je ne sais lequel des deux est le plus effrayant ? « Vous apprendrez que je n’ai nul besoin d’yeux pour voir. Me souffla-t-il. Je m’appelle George. »

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